Max & Marie-Claude

Le 16 mars 1937, Marie-Claude Masson naît sous le signe du livre. Fille de libraire, elle ne trahira jamais ses origines. Amoureuse des livres, dans la boutique du 20 rue Villeroy, il n’est pas rare que son père la trouve le soir endormie sur un livre, caché dans un cahier de classe.
Eprise de vocabulaire, de grammaire et d’orthographe, avide de toutes les littératures, de préférence défendues, cette excellente élève qui rêve d’études longues, d’apprentissage du Latin et du Grec, se retrouvera, sur le conseil bien intentionné d’une tante émue par les difficultés matérielles de la famille – Marie-Claude étant l’aînée de quatre filles – condamnée, après l’école Paul Painlevé, et le certificat d’études, à suivre à la Martinière une classe de Secrétariat.
À l’issue de ce parcours, Marie-Claude est embauchée à la prestigieuse Librairie “La Proue”, rue Childebert, dans le centre de Lyon. C’est là qu’en 1956 sa route ne peut que croiser celle du peintre bibliomane Max Schoendorff. Commence alors la longue histoire de Marie-Claude- et- Max, de ce “couple de peintres” qui durera plus d’un demi-siècle…
Après la Proue, Marie-Claude intègre ensuite la rédaction de la revue “L’Ami des Jardins” en tant que correctrice, avant de mettre son savoir-faire au service des Musées et Cénacles culturels pour leurs publications : le Musée des Beaux-Arts de Lyon, le MAMCO de Genève, le Cercle Poussin, et au service d’éditeurs de revues d’art comme l’URDLA (Il y aura beaucoup plus tard L’Ouroboros) ou d’éditeurs de romans comme La-Fosse-aux-Ours…
Fine lectrice, adepte de Baudelaire, de Proust et de Chateaubriand, d’Henri Thomas et de Georges Perec, elle révèle aussi un vrai talent pour l’écriture. Ses lettres témoignent d’un beau don d’épistolière. Sa plume, comme sa langue, jamais méchantes, peuvent se montrer acérées. Elle a le sens du mot juste, un peu précieux, de la formule un peu rare, évitant à ceux qu’elle accompagne de ses conseils de s’abandonner aux modes ou aux clichés.
Elle partage avec Max le goût du théâtre et surtout du cinéma, des rencontres, de l’amitié, de la bonne chère, de Lyon, de Paris, des voyages…même si, contrairement à lui, elle aime les bistrots et les discussions qui s’y prolongent entre pairs.
Par-dessus tout, elle aura aimé Max.… mais aussi la langue française et les livres. Un de ses derniers bonheurs fut d’avoir reçu de sa sœur, sur son lit d’hôpital, son cher dictionnaire, le petit Robert.
Odile Nguyen-Schoendorff
